Tout droit issu de l’imagination fertile de l’auteur strasbourgeois Stéphane Grünenwald, Oracle est un ouvrage auto-édité dont la version limitée et numérotée arbore une magnifique couverture illustrée par l’artiste Sonia Merah tandis que la photographie apparente est l’œuvre de Walk Elsass. Témoignant d’une grande vitalité de la littérature de genre auto-éditée, Oracle est la première œuvre de son auteur.

Rappelant aussi bien les films Seven de David Fincher, L’Exorciste de William Friedkin ou encore le livre Da Vinci Code de Dan Brown, Oracle plonge son lectorat dans un thriller horrifique teinté de fantastique et de mysticisme. Après des années de silence, dans le petit village de Engelsbrand en Allemagne, le terrifiant tueur en série Oracle vient de frapper à nouveau en assassinant une jeune marginale et se rappelant ainsi à la mémoire de l’inspecteur Andreas Blycke, policier expérimenté et bourru, chargé depuis des années de mettre la main sur ce tueur fantomatique. Proche de sa retraite et mis sous pression par la presse et les habitant·e·s du village, l’inspecteur va jouer le tout pour le tout quitte à renier ses propres croyances en n’écartant pas l’idée que le tueur pourrait être un démon tout droit surgi des enfers. Blycke va ainsi faire demander l’aide d’un jeune prêtre exorciste, Esteban Radski, sorte de rockstar dans sa profession, et les deux hommes vont collaborer pour tenter de mettre fin aux exactions meurtrières d’Oracle. Défiant ainsi leurs hiérarchies respectives, Blycke et Radski décident de provoquer une confrontation entre le prêtre exorciste et l’entité qui semble commettre ces meurtres même si cela doit leur couter leurs vies et leurs âmes !

P’pa, faut que tu viennes au vieux chêne…
– Qu’est ce que tu me chantes ? Ca va être l’heure de bouffer !
-On a trouvé un mort dans la maison hantée.
Une décharge d’adrénaline le fit tressaillir.
Enfin un peu d’action dans ce trou à rat.

Dans cette histoire sentant le souffre et sur laquelle plane l’ombre d’un esprit démoniaque, Stéphane Grünenwald nous emmène dans les méandres les plus sombres de l’âme humaine, en confrontant ses personnages, avant tout, à leurs propres fêlures et blessures surgissant du passé comme si elles surgissaient de la bouche même de l’enfer. Faisant la part belle aux flashbacks lui permettant de planter le background de son histoire et de celui de ses protagonistes, l’auteur montre une belle maîtrise des différentes temporalités dans lesquelles se déroule l’histoire d’Oracle. Aussi, Stéphane Grünenwald prend son temps pour poser les enjeux de son récit, dans un souci du détail et de la description, qui permettent aux lecteurs et lectrices de s’immerger complètement dans l’ambiance sombre de cette narration et de plonger dans les destins funestes qui attendent les héro·ïne·s du livre. Chacun·e des personnages essaiera, à sa manière, de résoudre l’énigme passée qui a déterminé son parcours humain ou/et professionnel. Parcours qui les emmèneront tou·te·s, de façon, semble-t-il, inéluctable, vers cette demeure maudite dans laquelle sévit le « monstre » de l’histoire.

– Veux-tu entendre les anges chanter, curé ?
Un souffle d’incrédulité zébra les traits fatigués de Don Falchero,
tandis qu’Alice expulsa bruyamment quelques gaz intestinaux.
– Alléluia ! Les messagers de mon saint rectum ont délivré leur sentence !

S’il est vrai qu’Oracle, le livre, ne met pas forcément en avant l’action, Stéphane Grünenwald réussit cependant très bien à créer le suspense et à maintenir son public sur le qui-vive jusqu’à la fin du livre. La tension monte peu à peu rendant l’attente vers la confrontation finale encore plus forte et désirable. Mais si les lecteurs et lectrices se sentent « concerné·e·s » par le devenir des protagonistes du livre, c’est parce que son écrivain s’attache à nous décrire leurs psychologies intimes pour nous les rendre plus humain·e·s, plus attachant·e·s et donc plus crédibles. Ainsi, avant leur confrontation finale avec Oracle, Blycke et Radski vont devoir se confronter à eux-mêmes, regarder en face leurs propres noirceurs et mettre à l’épreuve leur humanité et il n’est pas certain qu’ils sortiront indemnes de ce combat… Ainsi, évitant de nous livrer une énième histoire de chasse au démon qui aurait pu être sans intérêt, c’est ce combat même qui est avant tout au cœur du récit de l’auteur strasbourgeois rendant très intéressant son ouvrage et insufflant une profondeur particulière à ce roman horrifique. Oracle est disponible auprès de plusieurs plateformes de ventes alors n’hésitez pas à vous le procurer !


Laisser un commentaire