Beau is Afraid, littéralement « Beau a peur ». En voilà un drôle de nom pour le nouveau film de Ari Aster. Le jeune talent continue, ici, de construire sa propre ascension parmi les réalisateurs les plus talentueux et créatifs de cette décennie. Après le très malsain Midsommar, il était plutôt logique de se questionner sur la manière dont le réalisateur pouvait encore dépasser ses propres limites et atteindre un autre stade de création. Difficile à croire mais le nouveau long-métrage de Aster repousse encore une fois les frontières du cinéma de genre, et affirme une fois de plus la créativité foisonnante d’un tel cinéma !

On colle souvent aux films de Aster la pompeuse étiquette de « elevated horror », expression aussi fallacieuse que ridicule. Une catégorisation tend à soutenir une certaine rupture avec un nouveau type de cinéma d’horreur plus « intellectuel » visant un public « plus ciblé » et par conséquent rendant ses films moins accessibles au grand public. Ari Aster survole cette désignation en offrant une petite perle horrifique teintée de d’intellect mais aussi de codes du bis !


Il est clair que le cinéma d’horreur a eu bien besoin d’attendre son Prince Vaillant pour pouvoir nous proposer des œuvres profondes et subversives. Cependant, avec Beau is Afraid, il est clair que Ari Aster veuille avant tout surprendre son public. Il souhaite déconstruire l’ensemble des réflexions se faisant au sujet de son cinéma et de lui-même.

Véritable trip baroque sans aucun temps mort, Beau is Afraid est une véritable lettre d’amour à l’absurde mais avant tout à la plasticité créative du cinéma. On pourrait trouver le temps long quand on se retrouve face à trois heures de film complètement barré. Toutefois, il n’en est rien car le visionnage du nouveau bijou de Aster déboussole, hypnotise voire traumatise à vie. Bon, pour le dernier point j’exagère certes un petit peu mais il faut reconnaître qu’on n’en ressort pas indemne. Beau is Afraid, à la fois enfant éternel et cobaye scénaristique de Aster, est une totale métaphore du public. Œuvre torturée, on retrouve en elle un dépaysement constant face à ce qui nous entoure et ce que l’on peut voir. Le long-métrage semble être construit comme un immense cauchemar, rempli de souffrances et d’incohérences paradoxalement logiques. Joaquin Phœnix interprète à la perfection une victime qui subit les pires tortures mentales issues tout droit de l’imagination du Marquis de Sade.

Là ou tout le génie de Aster opère, c’est dans sa proposition artistique assez originale. Il veut nous proposer un ensemble de petits films reliés par un fil narratif commun, mais esthétiquement indépendants les uns des autres. Pour cela, il privilégie la création d’une multitudes d’univers et de rythmes. L’esthétique, composante majeure des films de Aster, est de nouveau au rendez-vous. Chaque plan devient un véritable tableau à la beauté physique et symbolique. Cette beauté est souvent tournée dans tous les sens en terme de caméra et de jeu de zoom. Il s’agit de renforcer ce côté déstabilisant qui est ici plus présent que dans les précédents films de l’artiste.

Même s’il a vocation à être torturé et psychotique, Beau is Afraid, nous offre de belles séquences d’humour noir teinté d’absurde. Cet absurde renforce la part burlesque des tourments qu’on inflige au pauvre Beau. Malgré quelques lenteurs sur le dernier tiers du long-métrage, Beau is Afraid est un véritable manifeste artistique contre la confection des étiquettes. C’est un véritable OVNI qu’il est impossible de classer dans une catégorie propre. La variété des lieux d’actions, les changements constants de tons et d’atmosphères, les différentes utilisations du récit et de la narration, tous ces procédés visent à opérer une véritable scission par rapport aux précédents travaux de Aster.

Refuser la catégorie, c’est refuser l’elevated horror et s’affranchir des préjugés que l’on colle déjà à un jeune réalisateur. On est face à une véritable quête de la liberté et à une catharsis d’un artiste qui joue ici avec la plasticité du septième art. Beau is afraid se vit comme un voyage horriblement éprouvant et fascinant au cours duquel la notion de frontières artistiques tendent à disparaître pour former un chaos ordonné et assurément ingénieux.


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