Définition latine de malum : mălum\ ˈma.lum\ neutre

Mal, malheur, calamité.

En 2023, Anthony DiBlasi nous a offert le remake de son film The Last Shift, sorti en 2014.

Réaliser une nouvelle version de son propre film, ce n’est pas courant. Dans le milieu, on peut trouver l’exemple d’Alfred Hitchcock avec The Man Who Knew Too Much ou encore Takashi Shimizu avec Ju-On et The Grudge. Un remake est fait pour différentes raisons, propres au réalisateur/à la réalisatrice. Ce qui ressort le plus des quelques interviews d’Anthony DiBlasi, c’est la volonté de faire mieux avec un budget plus conséquent. Effectivement, quand on compare les deux films, on peut voir où ont été investis les dollars supplémentaires. Mais il s’agit aussi d’un tout autre propos.

Le film Malum s’ouvre sur une cassette vidéo, montrant des jeunes femmes s’amusant au bord d’une rivière. Puis une grange, sombre, au milieu de la nuit. Dans cette grange, les mêmes jeunes femmes en train de participer à un rituel sanglant, accompagnées d’un homme. Une phrase énigmatique à propos d’un dieu inférieur et enfin, un massacre

Après avoir arrêté les membres de la secte de John Malum dans leur folie meurtrière, l’officier Will Loren, comme possédé, commet alors une tuerie de masse dans son commissariat, avant de s’ôter la vie. Un an plus tard, Jessica Loren, sa fille, reprend l’héritage paternel en devenant officier de police, et se porte volontaire pour la dernière garde de l’ancien poste de police où s’est déroulé le drame, un choix bien curieux me direz-vous, mais passons.

Jessica se rend compte de sa monumentale erreur.

L’intrigue se poursuit, Jessica fait la rencontre de l’officier chargé de l’accueillir. Évidemment, savoir qu’elle est la fille d’un meurtrier n’aide pas à briser la glace. Livrée à elle-même, les premiers phénomènes étranges se produisent. L’atmosphère du commissariat n’aide pas à la mettre à l’aise : l’endroit est délabré, on nous baigne d’une lumière jaune teintée de vert, l’endroit évoque la moisissure, la décrépitude, et on peut presque sentir des relents de vieilles canalisations. Pour ne rien gâcher, le commissariat est immense, presque labyrinthique. Bref, le lieu rêvé pour commencer une brillante carrière d’agent de police.

Jessica répète tant bien que mal le code d’honneur qu’elle a appris par cœur dans son livre de scout, pardon, d’agent des forces de l’ordre. Entre-temps, on découvre que les membres de la secte de John Malum – celles et ceux qui ne se sont pas suicidé·e·s, tout du moins -, sont en ville et occupé·e·s à répandre leurs excréments un peu partout (visiblement, c’est une activité fréquente dans une secte). La menace vient donc de l’extérieur et elle n’est pas anodine car tous les agents de police de la ville sont occupé·e·s à leur courir après. Voilà une première et importante différence avec The Last Shift : le danger vient de partout, le huis clos est brisé.

Après avoir découvert une truie sur le pas de la porte, ostensiblement un cadeau de la secte (un énorme symbole occulte est dessiné dessus avec ce qui ressemble à du sang, le doute est peu probable), Jessica rencontre un sans-abri et une prostituée. Je vous l’accorde, on dirait le début d’une mauvaise blague, mais c’est avec ces deux personnages que l’histoire s’accélère : la prostituée, puis le collègue qu’elle appelle en renfort confirment la vérité que tou·te·s semblaient vouloir lui cacher : de toute évidence, ce n’est pas à cause de l’amiante dans les murs que les forces de l’ordre ont déserté ce commissariat, mais plutôt parce qu’une présence démoniaque habitait les lieux depuis le suicide collectif, et iels n’ont pas jugé utile d’en informer Jessica.

John Malum, chef de secte professionnel.

Mais le démon sait se montrer généreux : il lui laisse une suite d’indices qui semblent tous hurler « LA SECTE EST ENCORE ICI », mais difficile pour Jessica d’y croire, malgré toutes les apparitions monstrueuses dont elle est témoin. Le syndrome de Scully a encore de beaux jours devant lui. La panique s’empare un peu plus de notre héroïne quand elle doit se rendre à l’évidence : personne ne viendra la sauver. On assiste ensuite à un flashback qui nous montre les interrogations des trois membres de la secte. Alors que The Last Shift n’utilisait que très peu l’histoire de ce culte, Malum l’exploite au maximum. Les deux jeunes femmes sont de véritables psychopathes, interprétées par des actrices qui surjouent légèrement. Notre troisième larron, John, en revanche, explique calmement et froidement son plan, qui sera dévoilé plus tard – à savoir faire renaître Baron, un démon pré-biblique, excusez du peu -.

L’arrivée de deux officiers de police permet à Jessica de souffler un peu. Les renforts sont enfin arrivés ! Mais… permettez-moi d’avoir un doute : on les reconnaît, ces deux jeunes hommes ! Ils étaient présents lors de la tuerie au poste de police et… oui, vous l’aurez deviné, ils sont bien morts. Encore une déception pour notre héroïne.

On peut finir par se demander pourquoi la secte en a tant après elle. C’est un second flashback qui nous donne l’explication : la mère de Jessica, avec qui elle ne communique plus, faisait partie de ce culte dans sa jeunesse. Et sa fille (Jessica, vous suivez ?) était promise à la secte. Mais les actes affreux dont elle fut témoin lui firent reconsidérer son choix – catastrophique – et elle s’enfuit, loin de John Malum.

Après cette terrifiante révélation, Jessica réalise que les membres de la secte ont réussi à pénétrer dans le bâtiment. Et iels sont nombreux·ses. Rajoutez à cela des apparitions cauchemardesques qui la poursuivent : des jeunes filles brutalement assassinées, et vous obtenez les vingt minutes les plus sanglantes de votre vie. À ce stade, le film change radicalement d’ambiance : les lampes ne fonctionnent plus, il ne reste que quelques projecteurs diffusant une étrange lumière dorée, parsemée de rouge tandis que les meurtres se multiplient. Une moisissure noire se répand, comme pour signaler que le mal prend définitivement possession des lieux. Jessica finit par être couverte d’hémoglobine, illustration parfaite du sang que sa famille a sur les mains.

Enfin, le rituel est complet, et Baron se présente à nous. Si vous n’êtes pas familier de l’univers de Clive Barker, génial auteur d’Hellraiser (avec qui Anthony DiBlasi travaille régulièrement), l’apparence de la créature peut vous sembler cheap voire même loupée. Mais détrompez-vous, lecteurs et lectrices attentif·ve·s, car nous retrouvons ici la patte esthétique de Barker et de ses cénobites. Un démon à l’aspect grotesque, la chair distendue, dépourvu de paupières, loin des stéréotypes cornus que nous offre l’enfer chrétien.

La terreur montre crescendo, pour arriver à un final emprunt de folie et de tristesse, mais qui nous laisse avec la certitude que personne ne peut échapper à son destin, aussi funeste soit-il.

Malum, contrairement à The Last Shift, n’a pas été bien accueilli par la critique, le public préférant l’horreur psychologique du premier à la débauche d’hémoglobine et d’effets spéciaux du second. Mais pour ma part, j’ai préféré le remake, déçue de la sous-exploitation de la secte dans le premier opus. Bien qu’on retrouve de nombreuses scènes en commun, l’aboutissement est complètement différent, et on comprend assez rapidement que Malum s’oriente sur une piste totalement distincte de son matériel d’origine.

Que l’on aime ou que l’on déteste, partisan·e·s de l’horreur psychologique ou du gore sanglant, les deux films sont suffisamment différents pour que vous puissiez y trouver votre compte !


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