Il suffit de lire le titre de l’œuvre pour prendre connaissance de la créativité qui s’ensuit. Le lièvre et la torture, une nouvelle de Violaine de Charnage, disponible dans le recueil La Vilainologie II (2022), prenante et pleine de surprise, donne une véritable claque à tout lecteur confondu.

Une mise en contexte animale

La nouvelle débute par une mise en contexte, tel un flashback, remontant 20 ans auparavant de l’histoire principale. Dès lors, nous sommes plongés dans un récit focalisé sur la thématique animale, de la cause au bien-être. Le personnage principal, au prénom inconnu, possède une certaine connexion avec les animaux, particulièrement les lapins. Le choc gagne les esprits des lecteurs dès le début de l’histoire, avec la mort du pauvre petit lapin Pan-Pan. Celui-ci deviendra une figure importante dans l’histoire, rythmant et influençant les pensées du personnage principal en existant dans sa tête, devenant un esprit vengeur.

L’homme travaille dans une ferme, il s’occupe des animaux, accomplissant son désir de prendre soin des animaux. Sa folie meurtrière commence par un règlement de compte, une vengeance au nom des lapins. Il tue un fermier à la langue bien pendue, puis le fait dévorer par les cochons. Ce geste témoigne un esprit malin, puisqu’il est souvent dit que le meilleur moyen de se débarrasser d’un corps est de le donner à manger à des cochons affamés. Il suffit de retirer les dents et les cheveux de la victime pour être sûr de ne pas laisser de trace.

Une descente aux enfers costumée

Le récit continue avec un évènement déroutant. Cela se passe au Manoir Elmer, où se tient une semblable d’orgie immense sur le thème du chasseur et chassé. Le protagoniste s’infiltre dans le personnel, se déguisant ainsi en lapin géant pour fondre dans la masse. Il deviendra témoin d’atrocités qui remplira peu à peu sa jauge de rage. La cerise sur le gâteau, la goutte d’eau qui fait déborder le vase, sera la chasse aux lapines. Des lapins sont dispersés dans une étendue bordant une forêt, et des femmes vêtues de costumes sexy de lapins doivent leur courir après. Chaque lapin attrapé leur fait remporter 2000 €. Mais c’est alors qu’entre en jeu les hommes, déguisés comme des chasseurs, qui doivent attraper les femmes, gagnant ainsi une heure avec elles. Pour les déstabiliser, ils peuvent s’en prendre aux lapins, ce qu’ils feront aussitôt, sans se poser de questions.

L’ami des animaux dont l’esprit est cohabité par celui de son lapin Pan-Pan, est envahi d’une rage intense. Il devient frénétique et entreprend un massacre de taille, tuant un par un les chasseurs. Cette vengeance lui fait du bien, elle apparaît comme une suite logique à son parcours de vie. Il finit par réussir à attraper l’organisateur de la fête, le propriétaire du manoir, Monsieur Elmer. Il l’emmène dans sa propre chambre et l’y suspend, faisant de lui le cobaye involontaire de ses propres machines de BDSM.

Une torture bien méritée

La torture entre en jeu. Il s’agit d’une scène très intéressante, bien que graphique. Malgré la violence de certaines actions, l’on ressent une satisfaction particulière dans cette torture, cette vengeance. Le lecteur ne peut que ressentir une rage intense envers toute personne faisant du mal aux animaux, surtout avec les commentaires de Pan-Pan qui semble même résonner dans nos têtes. 

Le vieil homme riche expose fièrement ses assassinats d’animaux dans des cadres et par la possession de bêtes mortes empaillées. Du zèbre à l’éléphant, aucun animal ne passe à travers les mailles du filet de sa violence implacable. 

Ces faits deviennent ironiques dès lors qu’il se retrouve à la place de tous ces malheureux animaux à qui l’on a ôté la vie. Sa souffrance débute lorsque sa main se fait trancher. L’on peut voir là-dedans un symbolisme, celui de la patte de lapin. Dans de nombreuses coutumes et cultures, la patte de lapin porte chance, mais le lapin lui n’est pas chanceux. 

Puis, le personnage principal verse de l’acide dans les yeux de sa victime, provoquant une cécité instantanée. Il justifie cette action en la comparant aux tests effectués sur les animaux, nous aidant à valider à nouveau un acte de violence. 

Enfin, lorsque le riche reprend ses esprits, le protagoniste lui arrache la peau comme on dépècerait un lapin avant de le mettre à cuire. Le cycle est ainsi pleinement accompli.

La figure du lapin

Violaine de Charnage transmet un récit riche en allusions et références, explicites ou implicites, aux lapins. Elle entame sa nouvelle en utilisant l’expression « chaud-lapin », puis juste avant la fin, elle glisse celle de « baiser comme un lapin ». L’on peut également imaginer que la femme enfermée dans la cage sous le lit incarne un lapin prisonnier, que notre “héros” s’empresse de libérer, à tort d’ailleurs. C’est comme, si dans son esprit, cette femme était un lapin et qu’il était de son devoir de le libérer.

En somme, Violaine de Charnage nous offre une œuvre intrigante et troublante, portée par une narration singulière. Sa maîtrise des mots et la fluidité avec laquelle elle écrit élèvent cette nouvelle au rang de chef-d’œuvre.


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