Alexandra-Therese Keining, réalisatrice suédoise, nous plonge dans un récit mêlant réalisme magique, harcèlement et identité de genre à travers Pojkarna. Ce film nous questionne sur notre rapport aux autres et à l’identité de chacun, tout en délivrant une performance remarquable de jeunes acteur·trice·s débutant·e·s.

Après Kyss Mig en 2011, Alexandra-Therese Keining, écrivaine, scénariste et réalisatrice suédoise, revient avec Pojkarna en 2015. En avant sur son temps, le film dresse le portrait d’une jeunesse tiraillée par les diktats de genre, et le questionnement quant à leur identité. A travers le personnage de Kim, la réalisatrice nous pousse à réfléchir à l’identité de genre, et jusqu’où pouvons nous supporter le quotidien dans un corps abimé par la société qui ne nous correspond pas. A l’aide du réalisme magique, Alexandra Therese Keining amène des situations où la ligne entre réalité et fantasme apparaît très fine.
⎹ “It’s almost like a fairy tale and I used the magic as a tool to create these situations with fluid sexuality and fluid identity.”
⎹ “C’est comme un conte de fée et j’ai utilisé la magie comme un outil afin de créer ces situations avec une sexualité et une identité fluide.”
Kim, Bella et Momo sont trois jeunes filles suédoises de 14 ans. Grâce à leur amitié solide, elles réussissent à vaincre le harcèlement moral et physique qu’elles subissent dans leur collège. Ne rentrant pas dans les diktats de genre patriarcaux et aux standards de beauté, elles représentent une véritable cible auprès de leurs camarades masculins. Attachée à une serre commune ayant appartenu à la mère décédée de Momo, elles découvrent une plante magique dont le nectar, si il est bu, leur permet de quitter leurs corps féminins pour des corps masculins pendant quelques heures. Elles peuvent donc jouir durant un instant d’avantages significatifs qu’accorde la société patriarcale aux hommes. Bella et Momo se lassent vite de ce passe-droit, tandis que Kim ne peut plus se passer de cette identité masculine…
Le film discute de l’homosexualité via le personnage de Kim, qui confronté à Tony, s’éprend d’amour pour lui lors de ses nuits masculines. Tony n’est pas ouvert sur sa propre sexualité et son conflit intérieur s’intensifie lorsque Kim devient vocal à propos de ses sentiments. Momo quant à elle, amie d’enfance de Kim, lui avoue ses sentiments, mais Kim ne sait pas si son attirance est envers les hommes, ou si son genre est masculin. Lorsque Momo lui demande si elle est amoureuse de Tony ou si elle veut être lui, Kim admet son intérêt pour lui car lui même ne sait pas qui il est. Momo met fin au conflit en mettant feu à la fleur magique. Après avoir laissé des notes à ses proches, et avoir visité Bella, Kim, très bouleversée, quitte la ville. Nous la voyons pour la dernière fois, dans sa voiture, en larme, un pistolet à la main. La suite est donc propre à chaque spectateur·trice.
⎹ “Är du kär i honom? Eller vill du bara vara som han?”
⎹ “Es-tu amoureuse de lui ? Ou tu veux juste être comme lui ?”
La transidentité n’est pas mentionnée directement, cependant, via l’aspect magique, qui apparaît au début du film sous la forme d’une fleur procurant un pouvoir aux jeunes filles, l’identité de genre de Kim évolue et nous sommes témoins de ses premières expériences significatives en tant qu’homme.
Le réalisme magique est un genre narratif mêlant réalité et magie. Étant dans un premier temps un genre littéraire, il s’est imposé au cinéma comme un genre artistique très apprécié pour aborder des sujets sociaux et politiques. Dans Pojkarna, on retrouve une critique de la société patriarcale et des persécutions envers les femmes , qui prend fin les nuits où l’identité des jeunes filles fluctue.

⎹ “Ibland känns det som om jag har en dragkedja. Om jag vågar öppna den kommer det att finnas en annan kropp därunder.”
⎹ “Parfois j’ai l’impression d’avoir une fermeture éclair. Si j’ai le courage de l’ouvrir, il y aura un autre corps en dessous.”
Le thème de la transidentité au cinéma suédois n’est pas anodin. En 1972 , la Suède est devenue le premier pays au monde à permettre aux personnes transgenres de changer leur genre légal après une chirurgie de réattribution sexuelle. Ce pays reste, encore aujourd’hui, un exemple de progressisme social pour ses voisins.

Pojkarna, en français « ces garçons » , explore la fluidité de l’expression de genre. A l’aide du réalisme magique, le film questionne sur les identités fixes en mettant en scène un personnage en quête de sa réelle identité. Le réalisme magique dessine un cadre métaphorique pour représenter la transformation, la dualité et la fluidité du genre. Il ouvre un espace où les règles du monde réel sont obsolètes et permet une représentation des identités qui ne rentrent pas dans des cases strictes. Il invite à ressentir plutôt qu’à expliquer, mettant en avant la complexité intime et sociale des personnages.
SOURCES :
POUNTAIN, David (2016, 4 novembre). Interview : Alexandra-Therese Keining talks Girls Lost. Filmdoo. https://www.filmdoo.com/blog/2016/11/04/interview-alexandra-therese-keining-talks-girls-lost/
(s.n.). (2024, 18 avril). En Suède, la droite facilite la transition de genre. Têtu. https://tetu.com/2024/04/18/droits-lgbt-europe-transidentite-suede-reforme-changement-de-genre-transition/
Magalie. (2025, 6 août). Le réalisme magique au cinéma : une nouvelle frontière de l’expression artistique ? CineAddict. https://cineaddict.fr/2025/08/06/le-realisme-magique-au-cinema-une-nouvelle-frontiere-de-lexpression-artistique/

Laisser un commentaire