Adaptation du jeu du même nom, Exit 8 (Genki Kawamura, 2025) nous plonge dans un univers liminal duquel un homme perdu tentera de s’échapper. Le récit parle d’enfermement, une prison physique et métaphysique symbolisée par cet homme qui, après avoir reçu un appel de son ex lui expliquant qu’elle pensait certainement avorter de leur enfant, se retrouve retenu captif à l’intérieur d’un passage d’une station de métro. Désespérément à la recherche de la sortie 8, il se rend vite compte qu’il tourne en boucle dans des couloirs infinis.

L’homme découvre alors qu’il doit suivre des règles bien précises pour avancer pas à pas vers une échappatoire. Le principe est plutôt simple : faire attention à tout ce qui pourrait sortir de l’ordinaire durant son passage. Si une anomalie est décelée il se doit de faire demi-tour, si tout est dans la « norme » l’homme doit continuer son chemin. La moindre erreur ou oubli le ramenant à son point de départ, la tension monte rapidement pour notre homme paumé. Paumé, il ne l’est pas que dans ces couloirs suréclairés. Sa vie sentimentale : une séparation récente. Sa vie professionnelle : il semble enchaîner les missions en intérim. Au final, être coincé dans un espace liminal semble être la cerise sur le gâteau dans la vie déjà bien déprimante de notre héros…

Surréaliste, Exit 8 joue sur notre peur de ces lieux communs arpentés de façon cyclique, répétitive et automatique, à la lumière vive et aux paysages collectifs modernes. Nous suivons alors plusieurs personnages différents coincés dans les méandres de cette station de métro dont on ne peut plus s’échapper : l’homme paumé, le salarié pressé, l’enfant perdu, la lycéenne perturbée se retrouvent à tour de rôle isolé·e·s, séquestré·e·s, dans une sorte de huis clos qui fait monter la tension plus le temps passe, dans un espace où la menace n’est pas pointée mais baigne tout autour. Elle est bien l’environnement en lui-même…

Sans trahir l’esprit du jeu, Exit 8 nous offre des plans-séquence répétitifs montrant nos protagonistes checker à l’infini les mêmes objets, les mêmes décors, les mêmes attitudes, à la recherche d’anomalie parfois discrète, parfois terrifiante. Ce thriller propose une angoisse montante, presque haletante, des espaces liminaux qui rappellent l’absurdité de notre monde actuel (stations, transports, supermarchés, lieux de consommation, bureaux de style open-spaces, des espaces par lesquelles on passe, on travaille, chaque jour mais qui restent froids et quelconques, déshumanisant au possible les relations avec autrui et notre rapport au monde).

Exit 8 nous soumet une métaphore à la fois surréaliste et tellement viscérale d’une civilisation post-moderne dans laquelle nous sommes enfermé·e·s dans nos créations architecturales humaines, autant que dans nos esprits qui n’ont comme nourriture que des espaces cloisonnés et des relations chosifiées, routinières et peu profondes jusqu’au jour où un glitch nous aide à prendre conscience de l’absurdité de notre existence.



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