Douglas Cavanna et Xavier Caux, compositeurs de la BO du film Evil Dead Burn (2026)

Sixième opus de la saga Evil dead initié par Sam Raimi, Bruce Campbell et Rob Tapert avec Evil Dead (1981), Evil Dead Burn est sorti en juillet 2026 sur les écrans français. Le métrage est un double évènement pour les aficionados français·e·s puisqu’il vient prolonger la mythologie de la saga culte trois ans après Evil Dead Rise de Lee Cronin, mais aussi parce qu’on retrouve à la mise en scène Sébastien Vanicek, le réalisateur de l’excellent film Vermines (2023) et qu’une très grande partie de l’équipe créative est française ! Ainsi, la bande originale du film n’échappe pas à la règle, puisqu’elle est l’œuvre du duo créatif Douglas Cavanna et Xavier Caux alias Double Danger, déjà compositeurs de la BO sur le premier long métrage arachnéen de Sébastien Vanicek ! Unanimement salué par la critique et le public pour leurs compositions sur Vermines, Double Danger continue sur sa lancée et produit pour Evil Dead Burn une œuvre puissante et maitrisée tout aussi bien envoutante que malaisante ! À l’occasion de la sortie du film Evil Dead Burn, Double Danger a accordé un entretien à Three Mothers Films :

Bonjour Douglas Cavanna et Xavier Caux. Pouvez-vous nous parler de votre duo Double Danger ?

Xavier : Je dirais que Double Danger est avant tout notre atelier créatif. C’est un espace où l’on peut expérimenter, tester des idées et explorer des choses qu’on ne faisait pas dans nos carrières individuelles.

Au départ, il n’y avait pas de plan précis. On avait simplement envie de sortir des cadres dans lesquels on évoluait, de quitter notre zone de confort et de se laisser la liberté d’essayer de nouvelles approches, sans se demander si elles rentraient dans un style ou un format particulier.

Petit à petit, le plaisir de créer ensemble nous a amenés vers des projets de plus en plus ambitieux. Aujourd’hui, que ce soit à travers nos morceaux ou les bandes originales de films, on cherche toujours cette même liberté : repousser nos habitudes, expérimenter et aller là où notre curiosité nous mène.

Sébastien Vanicek et Souheila Yacoub sur le set du film Evil Dead Burn

Evil Dead Burn est votre deuxième collaboration sur un long métrage, après Vermines, avec le réalisateur Sébastien Vanicek. Comment vous êtes-vous rencontrés avec le cinéaste et amenés à travailler ensemble sur ces deux longs-métrages ?

Douglas : Je connais Sébastien depuis le lycée. À l’époque, je jouais dans un groupe qui s’appelait I Am Un Chien !!, tandis que lui réalisait ses premiers courts métrages avec les moyens du bord. Il appréciait la musique que je faisais et m’a proposé de tenter quelques essais pour ses bandes originales. Je ne m’étais encore jamais vraiment prêté à cet exercice, et j’ai immédiatement adoré le fait de composer directement au contact des images. J’ai découvert un terrain de jeu hyper stimulant, où la musique pouvait réellement dialoguer avec le récit.

Au fil des années, notre collaboration s’est naturellement renforcée. J’ai composé la musique de plusieurs de ses courts métrages, comme Mayday ou Crocs, jusqu’à ce qu’arrive Vermines, son premier long métrage en 2023.

À cette époque, Xavier et moi composions déjà ensemble sur d’autres projets. Quand Vermines est arrivé, il m’a semblé évident qu’il fallait que Sébastien rencontre Xavier et qu’on se lance dans cette aventure à deux. J’étais convaincu que notre complémentarité pouvait apporter quelque chose de plus à la bande originale, et ça s’est confirmé très rapidement. C’est finalement cette dynamique qui nous a naturellement conduits à poursuivre l’aventure ensemble sur Evil Dead Burn.

Votre style mélange des influences classiques, industrielles et expérimentales. Est-ce pour vous un moyen pour créer une tension entre beauté et malaise ? Comment finiriez-vous votre style/travail ?

Xavier : Honnêtement, on a du mal à définir notre musique par un style. On essaie surtout de ne pas s’imposer de limites.

On fonctionne beaucoup à l’émotion de ce qu’on lit. C’est d’ailleurs pour ça qu’on aime intervenir dès le scénario : les images ne sont pas encore figées et ça laisse beaucoup de place à l’imaginaire. On se demande ce que cette histoire nous évoque en termes d’espace, de couleurs, de matières ou de sensations, puis on cherche à traduire tout ça avec des instruments, des textures, des harmonies ou même des sons que l’on crée spécialement pour le film.

Une fois qu’on a défini ce cadre, on expérimente énormément et on essaie d’en explorer toutes les possibilités. C’est comme ça que naît la palette sonore du film. Si elle peut mêler des éléments classiques, industriels ou expérimentaux, ce n’est jamais parce qu’on cherche cet équilibre en particulier, mais simplement parce que ce sont les outils qui nous semblent les plus justes pour raconter cette histoire-là.

Quels sont les artistes, films ou éléments non cinématographiques qui vous inspirent pour composer vos musiques ?

Xavier : Nos influences sont assez larges et elles ne viennent pas uniquement de la musique de film. On écoute autant des compositeurs que des artistes issus de la musique électronique, de la pop expérimentale ou du rock au sens large. Des gens comme Trent Reznor et Atticus Ross, Hildur Guðnadóttir, Cristobal Tapia de Veer, James Blake ou encore Aphex Twin nous inspirent davantage par leur manière de créer un univers sonore que par leur style musical.

Mais l’inspiration vient aussi de choses beaucoup plus quotidiennes. Un son tiré d’une vidéo enregistrée dans la rue peut devenir le point de départ d’une idée. On aime beaucoup enregistrer des sons, les transformer et voir jusqu’où ils peuvent nous emmener.

On essaie surtout d’être surpris par des moments et d’être excités à l’idée de développer une idée.

Double Danger en plain travail de composition

Quel est votre rapport avec la saga Evil Dead ? Comment avez-vous appréhendé le fait d’écrire une bande originale pour une saga qui a tellement marqué le cinéma d’horreur ?

Xavier : On connaissait déjà assez bien la saga Evil dead. Avant de commencer à composer, on s’est quand même replongés dans tous les films, pour bien comprendre ce qui avait été construit au fil des années, aussi bien sur le plan narratif que musical.

Ensuite, notre objectif était de respecter l’héritage, mais d’apporter notre propre vision. Evil Dead Burn est un nouveau chapitre de la saga, avec la forte personnalité de Sébastien, on voulait que le score reflète cette identité, en trouvant une forme de modernité qui corresponde à son cinéma et à notre manière de composer.

Votre composition sur Vermines a été unanimement saluée avec une bande originale qui a su brillamment renforcer l’intensité émotionnelle et dramatique des images de Sébastien Vanicek. Le travail effectué sur Evil Dead Burn me semble aller aussi vers cette direction. Quelles ont été vos sources d’inspiration pour composer la musique du film ? Qu’avez-vous voulu transmettre au public ?

Xavier : Pour Vermines, comme pour Evil Dead Burn, on a commencé par beaucoup discuter avec Sébastien afin de conceptualiser l’approche du score avant même d’écrire la musique.

On savait, par exemple, que les araignées se déplacent avec un rythme très irrégulier. On s’est donc dit qu’il ne fallait surtout pas utiliser de percussions, parce qu’elles auraient créé un rythme qui serait entré en conflit avec le son des pattes et leur façon de se déplacer. À partir de cette idée, on a complètement écarté les éléments rythmiques.

On est ensuite partis d’une autre image forte : les toiles d’araignée. Elles nous évoquaient naturellement les cordes. On a donc construit une grande partie de la palette sonore autour d’instruments à cordes, en détournant leur utilisation. On a par exemple, frotté une guitare lele— une petite guitare proche du ukulélé — avec des archets, travaillé les violons de manière très texturale, pour obtenir des sons qui évoquent ces fils tendus et ces petites présences qui se faufilent partout.

Au-delà des instruments, on a aussi beaucoup réfléchi à l’espace sonore. L’immeuble est presque un personnage du film : il est étroit, oppressant, rempli de couloirs et d’appartements exigus. On voulait que la musique traduise cette sensation. On a donc volontairement utilisé très peu de réverbération, en choisissant des espaces très courts pour que les sons restent proches, presque enfermés avec les personnages. L’idée était de transmettre cette tension permanente et ce sentiment d’urgence qui ne les quitte jamais.

Vous avez créé une bande originale qui mêle orchestrations, textures industrielles et synthétiques dissonantes. On distingue également des percussions ainsi que des voix déformées, des chœurs qui ressemblent à des lamentations, à des cris qui peuvent évoquer des présences démoniaques. Comment avez-vous équilibré ces différents éléments ?

Xavier : On n’a jamais vraiment réfléchi ces éléments séparément. Dès le début, on a essayé de construire une palette sonore où tout faisait partie du même univers.

Avec Sébastien, on avait notamment parlé de la dimension spirituelle du film. Il ne voulait surtout pas que les chœurs renvoient à une religion précise, mais plutôt à quelque chose de plus ancien, de plus universel, presque invisible. Ils deviennent une présence qui accompagne le film sans que le spectateur en ait toujours conscience. Pour les voix on a utilisé 2 méthodes d’un côté, « les chœurs épiques » qui suivent une partition, avec des suites d’accords précises, enregistrée en Macédoine du Nord par un ensemble de 24 chœurs. Pour les voix plus texturales ou dissonantes, on a travaillé à des moments différents avec trois artistes : Julia Jésrome, Julien Cassarino et Jérémy Barlozzo.

Les percussions avaient une autre fonction. Elles apportent une énergie très physique, presque viscérale. Elles participent au mouvement du film et à la montée de la violence, tandis que les voix déformées et les textures de cordes viennent progressivement brouiller les repères, comme si la matière sonore elle-même commençait à être contaminée.

L’équilibre s’est fait naturellement parce que tous ces éléments répondaient à la même idée de départ. On ne les utilisait jamais pour leur couleur sonore uniquement, mais, parce qu’ils racontaient chacun une partie de l’histoire.

Evil Dead Burn de Sébastien Vanicek (2026)

L’horreur dans la saga Evil Dead est plus surnaturelle et gore que celle dans Vermines. De ce fait, avez-vous eu une approche différente dans la composition de la musique pour Evil Dead Burn ?

Xavier : Oui et non. Notre manière d’aborder un film reste toujours la même : on commence par comprendre son univers, ses thèmes et les émotions qu’il doit provoquer. En revanche, les outils que l’on utilise changent complètement d’un projet à l’autre.

Sur Vermines, tout était très organique et très physique. On était dans quelque chose de rampant, de proche, presque claustrophobe. La musique devait rester enfermée avec les personnages.

Pour Evil Dead Burn, c’est vrai que l’horreur prend une dimension plus surnaturelle. On pouvait donc ouvrir davantage l’espace sonore, utiliser des chœurs, des percussions beaucoup plus présentes et avec le nombre de personnages, développer une écriture plus ample. On avait aussi envie que la musique puisse parfois prendre une dimension presque mythologique, tout en restant très ancrée dans les émotions des personnages.

Sébastien Vanicek, ainsi que Florent Bernard, le co-scénariste, se sont (re)plongés dans la saga pour préparer Evil Dead Burn. Avez-vous aussi ressenti ce besoin de (ré)écouter les BO de la saga, notamment celles de Joseph LoDuca, ou pas du tout ?

Xavier : Oui, nous aussi, on s’est replongés dans toute la saga. On a évidemment tout réécouté, mais on s’est particulièrement intéressés au premier Evil Dead et, au travail de Joseph LoDuca.

Ce qui nous a beaucoup marqués, c’est son incroyable créativité. Avec un budget très limité, il a réussi à inventer un univers sonore extrêmement fort. Il y a un côté très artisanal, presque DIY, qui nous a énormément parlé. On a repéré plusieurs idées musicales qu’on avait envie de réinterpréter à notre manière, non pas pour les reproduire, mais comme un clin d’œil à l’histoire de la saga.

Par exemple, son utilisation du piano nous a inspirés pour le thème associé au grand-père dans Evil Dead Burn. On trouvait intéressant que cette couleur fasse discrètement écho au premier film, afin que les spectateurs qui connaissent bien la saga puissent ressentir ce lien, même de façon inconsciente.

Il y avait aussi les fameuses séquences où la présence démoniaque fonce à travers la forêt ou les décors. Chaque Evil dead possède sa propre identité sonore pour ces moments. On voulait absolument créer la nôtre. On s’est donc demandé comment Joseph LoDuca avait construit cette texture iconique, avant de repartir de cette réflexion pour imaginer une version totalement nouvelle, adaptée au film de Sébastien.

Comment s’est passée la collaboration avec Sébastien Vanicek sur Evil Dead Burn ? Avez-t-il déjà une idée précise de la musique ? Quel degré de liberté avez-vous bénéficié pour composer la BO ?

Xavier : Ce qui a beaucoup facilité cette collaboration, c’est qu’on avait déjà construit une méthode de travail ensemble sur Vermines. On se comprenait déjà très bien, donc on a pu aller encore plus loin sur Evil Dead Burn.

Tout commence très tôt, dès la lecture du scénario. Sébastien est quelqu’un qui dessine énormément. Ses storyboards sont très détaillés et, à travers eux, il exprime déjà le rythme d’une scène, son énergie, sa mise en scène. Avant même le tournage, il nous donne énormément d’informations sur le film qu’il a en tête.

À partir de là, on réfléchit ensemble aux grands principes du score. Quels instruments utiliser ? Quelle palette sonore construire ? Quelles idées fortes développer ? Par exemple, il tenait beaucoup à la présence des chœurs pour donner cette dimension spirituelle qui traverse le film. Ensuite, on réalise des premières maquettes, on expérimente, on cherche les limites de cet univers sonore et on échange avec lui jusqu’à trouver un cadre qui nous semble juste.

Une fois cette direction définie, il nous laisse une très grande liberté. On compose, on lui envoie nos propositions et c’est ensuite, à la lumière du montage, qu’on affine ensemble certains moments. Ce qu’on aime dans cette collaboration, c’est qu’on essaie toujours de se surprendre mutuellement. Quand il découvre une nouvelle composition, on espère qu’il ressente la même émotion que nous en découvrant ses images.

Enfin, on passe aussi beaucoup de temps à parler des personnages. Avant d’écrire la moindre note, on cherche à comprendre leur personnalité, leurs failles, leurs relations. C’est souvent de ces discussions que naissent les idées musicales les plus importantes.

Le procédé filmique bien distinctif de Sébastien Vanicek (cadres serrés, caméra à l’épaule…) vous a-t-il influencé dans votre approche rythmique et texturale ?

Xavier : Oui, forcément. La mise en scène de Sébastien influence énormément notre travail. On compose toujours en fonction du film qu’il est en train de raconter, pas seulement de son scénario.

Il a une manière très physique de filmer. Sa caméra est souvent très proche des personnages, elle bouge avec eux, elle respire avec eux. On a donc essayé que la musique ait la même qualité. Plutôt que d’être extérieure ou illustrative, elle devait donner l’impression de faire partie de cet univers, comme si elle était enfermée avec les personnages.

Son découpage nous influence aussi beaucoup rythmiquement. Certaines scènes nous donnent des indices rythmiques dans leur façon d’être filmées ou montées. Il ne s’agit pas de suivre chaque mouvement de caméra, mais de comprendre leur énergie et de prolonger cette sensation avec la musique.

C’est quelque chose qu’on retrouve sur ses films : il cherche toujours une expérience très sensorielle. On essaie d’apporter une couche supplémentaire à ce roller coaster !

Un des grands intérêts de votre travail, c’est que vous ne cherchez pas à prendre par la main le public, mais que vous essayez de créer une vraie expérience d’écoute tout en servant l’histoire du film (sans jamais être redondant ou que la musique ne prenne le pas sur les images). Vous avez dit « ne pas vouloir accompagner l’horreur avec votre musique, mais de la contaminer », pouvez-vous nous expliquer votre intention ? Avez-vous utilisé des techniques particulières pour développer ce concept ?

Xavier : Oui, on essaie absolument d’être avec les images. Notre objectif est que la musique fasse complètement partie de l’histoire racontée, et qu’elle ne donne jamais l’impression de se détacher du film ou de prendre le dessus sur ce qui est en train de se passer à l’écran.

Dans Evil Dead Burn, il y a aussi quelques morceaux en synchronisation qui, eux, ont un rôle plus affirmé. Ils viennent presque clore des chapitres ou marquer des ruptures. Le score, en revanche, a une autre mission. Il doit être une composante du film, au même titre que la photographie, le montage ou le sound design. Il ne doit jamais sortir le spectateur de ce qu’il est en train de vivre.

Au final, il y a environ une heure vingt-cinq de musique sur un film d’une heure quarante- cinq. Le score est donc presque omniprésent. Pourtant, on cherche constamment la bonne place. Être là tout le temps, sans jamais attirer l’attention sur soi.

J’ai entendu quelqu’un dire récemment qu’il n’avait presque pas remarqué la musique dans le film. Sur le moment, ça peut sembler paradoxal, mais, pour nous, c’est presque le plus beau compliment. Quand on connaît la quantité et le volume de musique présente, ça veut dire qu’elle s’est parfaitement intégrée au récit, sans jamais interférer avec les émotions que le spectateur était en train de vivre.

C’est vraiment ce qu’on recherche : que la musique accompagne le film de l’intérieur. Qu’elle fasse corps avec les images plutôt qu’elle ne les commente. Pour nous, une bonne musique de film n’est pas celle qui attire l’attention, mais celle qui devient indissociable de l’expérience du spectateur. Notre but n’est pas que le spectateur remarque la musique, mais qu’il ressente qu’il y a quelque chose qui a changé sans savoir exactement pourquoi.

Evil Dead (2013) et Evil Dead Rise (2023)

Le film Evil Dead Burn contient un certain nombre de clins d’œil à la saga originelle en plus d’être lié par des personnages et des scènes aux films plus récents, notamment Evil Dead Rise. Joseph LoDuca, le compositeur de la trilogie originelle, avait développé un thème spécifique au Necronomicon. Avez-vous eu envie de créer un son ou une musique qui pourraient rester attachés à l’univers d’Evil Dead ?

Xavier : Je pense qu’on a surtout cherché à créer des sons et une musique qui correspondent à Evil Dead Burn, avant tout. Notre priorité n’était pas d’inventer un nouveau thème ou une nouvelle signature pour toute la saga, mais de servir le film que nous étions en train de raconter.

Évidemment, si certains éléments que nous avons développés trouvent ensuite leur place dans de futurs films de la franchise, ce serait une immense satisfaction. Ça voudrait dire qu’ils ont réussi à s’intégrer naturellement à l’univers d’Evil Dead. Mais au moment de composer, on était vraiment concentrés sur une seule chose : faire la meilleure musique possible pour ce film, en respectant l’héritage de la saga tout en apportant notre propre sensibilité.

Il y a plusieurs thématiques mises en avant dans le film, comme le deuil, la famille dysfonctionnelle, la violence domestique… Comment les avez-vous abordées dans vos compositions et traduits dans votre musique ?

Xavier : Même si toutes ces thématiques sont bien présentes dans le film, ce n’est pas comme ça que nous les avons abordées. On ne les a jamais traitées comme des sujets isolés auxquels il fallait attribuer une couleur musicale particulière.

Notre attention était avant tout portée sur les personnages et sur ce qu’ils étaient en train de vivre à chaque instant. On essayait de rester au plus près de leurs émotions, de leurs réactions et de l’action qui se déroulait à l’écran, plutôt que de prendre du recul pour illustrer une idée ou un thème.

Au final, le deuil, les tensions familiales ou la violence se retrouvent naturellement dans la musique, parce qu’ils traversent les personnages eux-mêmes. C’est une conséquence de leur histoire, plus qu’un point de départ pour notre composition.

Le feu est un des éléments centraux du film Evil Dead Burn que Sébastien Vanicek a cherché à intégrer comme un nouvel élément important dans la mythologie de la saga. Avez-vous eu aussi cette envie de personnifier cet élément avec la musique ?

Xavier : Oui, assez naturellement. Le feu est présent dès le titre, et, dès la lecture du scénario, on sent qu’il va progressivement envahir le film. Plus l’histoire avance, plus la chaleur monte dans la maison, jusqu’à devenir un véritable personnage.

On a donc eu envie que la musique suive cette évolution. Plutôt que d’écrire un thème associé au feu, on a cherché à le traduire dans la matière même du son. Très vite, ça nous a évoqué des distorsions, des saturations et des textures de plus en plus abrasives.

L’idée était que le score devienne lui aussi de plus en plus incandescent au fil du film. Que le son semble chauffer, se déformer, presque se consumer en même temps que les personnages et la maison. C’était notre façon de personnifier cet élément, non pas par une mélodie, mais par une transformation progressive de la texture musicale.

La saga Evil Dead est en partie basée sur le concept du home invasion et de l’infection, comme le film Vermines d’ailleurs. Vous-mêmes, vous avez traité la maison comme une entité cauchemardesque, presque vivante, qui vient contaminer et consumer ses habitant·e·s. Comment avez-vous orchestré vos compositions dans le but d’incarner l’habitation ?

Xavier : Dès la lecture du scénario, on a senti que la maison était un personnage à part entière. Elle prend de plus en plus de place dans le film, elle semble vibrer et la chaleur qui monte progressivement la transforme presque en une entité vivante.

On a donc cherché un instrument capable de l’incarner. Très vite, la contrebasse s’est imposée. C’est un instrument en bois, imposant, avec une matière sonore très riche. La première fois qu’on l’entend, c’est d’ailleurs au moment où l’on découvre la maison.

Ensuite, on la fait évoluer tout au long du film. On l’a enregistrée avec plusieurs micros pour capter tous les bruits de l’instrument, ses craquements, ses frottements, ses imperfections.

Puis, à mesure que la chaleur monte dans la maison, on accentue ces défauts grâce à la saturation et à différents traitements sonores. On voulait qu’elle finisse par évoquer les tuyaux métalliques, les radiateurs, le bois qui travaille… Comme si la maison elle-même commençait à grincer et à brûler.

Les chœurs viennent compléter cette idée. Ils planent autour de la maison tout au long du film, comme une présence invisible. Ce sont ces deux éléments qui nous ont permis de donner une personnalité sonore à cette maison.

Dans l’ombre de Jérémy Barlozzo (2024)

Vous avez aussi composé la musique du court-métrage d’horreur Dans l’ombre réalisé par Jérémy Barlozzo. Selon vous, quelles sont les spécificités dans l’écriture d’une bande son pour une œuvre horrifique ?

Xavier : Sur Dans l’ombre, ce qui nous a tout de suite séduits, c’est le scénario de Jérémy Barlozzo et le moodboard qu’il nous avait partagé. On sentait déjà que l’univers visuel allait être très fort.

Il y avait aussi très peu de dialogues, ce qui laissait énormément de place à la musique. Et c’est probablement ce qui nous plaît le plus dans le cinéma d’horreur : on a la possibilité de raconter une partie de l’histoire autrement, d’accompagner les images, mais aussi de faire ressentir des émotions et des sensations que les mots ne peuvent pas toujours exprimer.

C’est clairement ce qui nous attire dans ce genre, créer une expérience sensorielle, installer une émotion ou une tension qui accompagne le spectateur tout au long du film.

Quels sont vos prochains projets ? Avez-vous envie de travailler sur d’autres franchises cultes ou préférez-vous travailler sur des projets originaux ? Y a-t-il un·e réalisateur·rice avec qui vous aimeriez collaborer ?

Xavier : Ce qui nous guide avant tout, ce sont les réalisateurs et leur vision. Ce qui nous donne envie de nous investir dans un projet, c’est de sentir qu’il y a un vrai parti pris, un univers et une histoire que l’on a envie de raconter avec eux.

Les projets sur lesquels on travaille actuellement sont très différents les uns des autres. Il y a bien sûr de l’horreur, mais aussi une comédie. Au fond, le genre importe moins que la personnalité du projet. Ce qu’on recherche, ce sont des films qui nous permettent d’expérimenter, de proposer des idées et d’apporter une véritable identité musicale. Évidemment, on serait ravis de travailler à nouveau sur une franchise culte si l’occasion se présentait, tout comme sur un projet complètement indépendant. Pour nous, il n’y a pas de hiérarchie. Ce qui compte, ce sont les rencontres et les collaborations avec des réalisateurs qui ont une vision forte, et avec lesquels on sent qu’on pourra raconter une belle histoire ensemble.

  • Vinyle de la bande-son du film Evil Dead Burn composé par Double Danger
  • Vinyle de la bande-son du film Evil Dead Burn composé par Double Danger
  • Vinyle de la bande-son du film Evil Dead Burn composé par Double Danger
  • Vinyle de la bande-son du film Evil Dead Burn composé par Double Dange

Un grand merci à Douglas Cavanna, Xavier Caux et Jérémy Barlozzo pour l’entretien.

L’album de la bande-son du film Evil Dead Burn composée par Double Danger est disponible en vinyle chez WaterTower MusicWaxwork Records.

Images par Double Danger, Bloom., Ghost House Pictures, Metropolitan FilmExport et  Warner Bros. Entertainment Inc.


Laisser un commentaire