Après le très remarqué Vermines, Sébastien Vaniček revient sur le devant de la scène avec Evil Dead Burn (2026), un volet de la célèbre saga Evil Dead (initiée par Sam Raimi en 1981), qui se veut dépoussiérant et engagé ! Une production américano-néo-zélando-canadien des sociétés New Line Cinema, Ghost House Pictures et Screen Gems qui vient nous parler de thématiques puissantes telles que les violences domestiques, les relations familiales dysfonctionnelles et la toxicité des relations interpersonnelles. Époustouflant dans sa mise en scène, Evil Dead Burn aux mains du cinéaste français sublime son univers grâce à un budget conséquent d’environ 20 millions de dollars. Avec une caméra déstabilisante qui ajoute de la panique à des séquences gores et énergiques, le long métrage a le mérite de s’ajouter fièrement à la fameuse saga tout en y ajoutant une certaine touche d’originalité à la française !

Le film débute au bord d’un lac isolé, celui même aperçu dans Evil Dead Rise, et sur lequel deux compères profitent d’une partie de pêche. La copine de l’un d’eux l’appelle car elle s’inquiète : cet endroit est réputé maudit. Très vite, la situation part en cacahouète mêlant gore, présence surnaturelle et panique grandissante. Jessica (la jeune femme contaminée à la fin de Evil Dead Rise dans le parking de l’immeuble) apparaît alors et les massacre. Au même moment, une autre séquence a lieu un peu plus loin en ville : une soirée d’anniversaire mettant en scène deux couples qui tourne rapidement au cauchemar… Alice, Will et Thya fêtent l’anniversaire de Joseph, le petit frère de Will. Très vite, la situation dégénère. Alice et Will, alors en couple, s’engueulent violemment jusqu’à ce que Will, explosif, prenne la voiture à toute allure. L’homme fait alors la rencontre de Jessica qu’il percute violemment sur la route, causant son propre trépas…
Sixième film de la franchise, Evil Dead Burn nous propulse dans la vie d’Alice (interprétée par l’actrice suisse Souheila Yacoub) qui doit faire le deuil de son défunt mari, Will. Même si le métrage se veut indépendant du reste de la saga, certains éléments font comprendre au public qu’il s’agit d’une sorte de suite à Evil Dead Rise via la présence de Jessica, personnage présent au début et à la fin du précédent opus, qui amorce la contamination démoniaque de Evil Dead Burn.
Suite à ce drame, Joseph et sa compagne Thya, Alice, les parents de Will ainsi que la grand-mère Polly se retrouvent dans la vieille demeure familiale à l’ambiance pesante et à la moisissure grandissante. Au grenier se trouve l’atelier occulte de feu grand-père Benjamin, obsédé par le mystérieux livre, le Necronomicon. C’est lors d’un ultime repas en hommage à Will que la possession d’Edgar, le père, devient de plus en plus palpable : mauvaise humeur, agressivité, teint livide, regard assassin. Sa colère monte d’un cran jusqu’à ce qu’il dézingue Max, le chien, à coups de tire-bouchon…

Evid Dead Burn, comme ses prédécesseurs, est un enchaînement presque interrompu de violences et d’explosions sanguines hautement visuelles. Accompagné de la bande originale réalisée par Double Danger (Douglas Cavanna et Xavier Caux) qui s’inscrit parfaitement avec les événements mis en scène, le métrage nous replonge une fois encore au sein d’un bâtiment isolé en pleine forêt duquel personne ne pourra en sortir indemne. Entre humour noir, tripes à l’air, fontaines de sang, et une petite touche à la française (La Chanson des vieux amants de Jacques Brel en tête), Evil Dead Burn sème tout au long de ses minutes un chaos visuel et viscéral bien maîtrisé avec ses angles surprenants et ses plans anxiogènes au possible.
À la recherche de la seule arme pouvant les détruire, les Deadites se frayent un chemin au cœur de l’habitation isolée, dans le but de trouver des indices laissés derrière par le papy occultiste. La contamination démoniaque continue son chemin, empoisonnant peu à peu les membres de la famille, les piégeant dans un foyer maudit. Au milieu de tout ce miasme, Alice, celle qui n’est même pas vraiment des leurs, subit, survit, sans aucun autre but que celui de se barrer au plus vite d’une famille dysfonctionnelle, possédée et oppressive dont les membres tombent peu à peu aux mains de démon•ne•s sanguinaires.

Masculinité toxique et rôles familiaux conservateurs dans Evil Dead Burn
Evil Dead Burn met en scène un panel de protagonistes enfermé•e•s dans des rôles sociaux relativement toxiques : une mère qui a laissé son épanouissement de côté et qui ne s’est que trop sacrifiée pour ceux et celles qu’elle aimait ; une grand-mère un peu zinzin qui pense que les autres sont là pour la voler ; un père colérique, évitant et distant émotionnellement. On comprend bien le schéma toxique, très traditionnel, de Will et pourquoi il en arrive là (sans le légitimer bien sûr). Néanmoins, Alice n’est pas le genre de femme à rester enchaînée à ses traumatismes du passé, un passé qu’elle va combattre symboliquement étape par étape non sans peur et sans souffrance en évinçant peu à peu tou·te·s les contaminé·e·s qui se dressent sur son chemin ! Evil Dead Burn métaphorise la symbolique de l’emprise amoureuse, puis familiale, poussée à l’extrême, grignotant peu à peu la liberté d’Alice jusqu’à ce que celle-ci arrive à s’émanciper de son bourreau dans un final brûlant, en la transformant en un périple féminin ininterrompu contre la masculinité toxique et les valeurs traditionnelles sous l’angle de leur extériorisation la plus sanglante. Cette mise en scène des effets pervers de nos sociétés humaines, de l’appropriation du corps et de la psyché de la femme, par un traditionalisme latent et (dés)abusé qui conduit à des façons de penser et d’agir teintées d’une violence inouïe, Vaniček les présentent ainsi à l’écran pour ce qu’elles sont réellement, en usant à bon escient d’une brutalité visuelle qui retourne les tripes. À une échelle systémique, Evil Dead Burn métaphorise donc des effets pervers de nos sociétés et met en lumière des schémas familiaux toxiques qui influencent fortement les réactions des personnages en action. Alice agit comme un miroir inversé dans ces schémas traditionnels présents dans la famille de son compagnon maltraitant. La masculinité toxique découle d’une volonté de domination de l’homme sur la femme, et souvent d’un schéma familial assez figé : voir la femme comme devant prendre soin des autres au détriment de son propre épanouissement, injonction pour la femme d’avoir des enfants, acceptation de la colère et de la brutalité masculine au sein de la famille et du couple. Autant d’éléments que la mère de Will estime sans doute “normal” exprimant au passage son mécontentement sur le fait qu’Alice n’ait pas eu d’enfants, soit fumeuse ni ne cherche particulièrement à continuer les projets de restaurant de son fils décédé. Dans ce schéma de femme au foyer sacrifiée et sacrifiante, son époux apparaît comme un homme nerveux et colérique, prêt à exploser à la moindre frustration et au moindre écart des membres de sa petite famille. Il reproche au plus jeune frère son caractère plus doux ainsi qu’à Alice la mort de Will. Pas étonnant dès lors d’avoir participé à la naissance d’un monstre tel que leur fils aîné… Alice, quant à elle, n’a qu’un but : s’enfuir de ce modèle qui lui a déjà trop coûté. Et une fois délivrée de l’emprise, c’est clope au bec qu’elle finira l’aventure !

En conclusion, Evil Dead Burn sonne comme une belle victoire pour le cinéaste français, qui grâce à son cinéma de genre engagé et bien ficelé, continue à émerveiller un public international !

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