Les nuits sont longues en périphérie de la mégalopole Taïwanaise. En tout cas, celle-ci le sera pour Lin Shengyi, ancienne star du baseball déchue, qui retourne dans sa ville natale criblé de dettes et en quête de rédemption… financière tout du moins.

Mais presque aussitôt, il est happé par le voile de ténèbres qui enveloppe l’endroit. S’y côtoient fantômes du passé, parieurs hilares et anciens accablés, dans un cirque grotesque rythmé par le compteur de billets. À la lumière tremblotante des néons, il constate avec sidération que les mêmes ficelles qui lui avaient fait tout perdre quand il était encore une idole, régissent désormais jusqu’à l’association de soutien aux résidents retraités. Les habitants eux-mêmes ont si bien intégré ces règles qu’il semble épouvantablement seul face à l’agonie d’un système perverti par la cupidité des uns et l’indifférence des autres.

Et ce parallèle n’est ni le fruit du hasard, ni une excentricité scénaristique. Le réalisateur, Chan Chun-Hao, puise l’essence du film dans deux affaires bien réelles qui ont secoué l’île il y a une douzaine d’années. En effet, en 2013 un scandale éclate dans la ville de Taichung, où les membres d’une association parient sur la date de mort des résidents. Le personnage de Lin Shengyi est, lui aussi, inspiré d’une véritable affaire de matchs truqués, ceux de l’ancienne star Chin-hui Tsao, accusé en 2009 de conspiration de triche et banni à vie de la ligue nationale de Baseball.

Le ton du film est ainsi d’entrée très sarcastique et pousse le curseur de l’immoralité très loin. Premier exemple, la fête de mariage macabre qui entame la soirée de la plus sordide des manières. Et le film n’accordera que peu de répit au spectateur : enfermé sous un couvercle opaque d’où la lumière ne perce que par intermittence, il est baladé sans ménagement d’une scène à l’autre et est contraint de mettre lui-même de l’ordre dans le chaos pour distinguer le véritable propos du film. En effet, le contexte extérieur, tout menaçant soit-il, sert de diversion à une autre tempête, intérieure cette fois, qui secoue les personnages à chaque interaction. Le mariage des deux tourbillons est savamment orchestré, sans que l’un ne vienne avaler l’autre pour le faire basculer dans le mélodrame ou le simple thriller d’action. Le résultat est une réflexion acide sur notre rapport à nos aînés, leur héritage et leur inévitable disparition.

Mais si l’obscurité pèse comme une chape de plomb sur personnages comme spectateurs, elle est accompagnée par une bande sonore d’une rare intensité. C’est un de ces films qui vaut la peine d’être vu au cinéma, dans une salle disposant d’un système son post-néolithique de préférence ! Elle porte l’action d’une main de maître, sans interruption ou presque, et poussant spectateur comme personnage toujours plus profondément, toujours plus vite dans un tunnel d’où ne pointe aucune lumière sinon celle des quelques rares néons à bout de souffle.

À bout de souffle, c’est peut-être comme cela que vous sortirez du film. Mais le message est bien passé.


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