Présenté à l’édition 2026 du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg dans la catégorie Midnight Movies, Ghost in the Cell est un film indonésien réalisé par Joko Anwar, déjà réalisateur du film Satan’s Slave (aka Pengabdi Setan, 2017) et de sa suite Satan’s Slave : Communion (aka Pengabdi Setan 2: Communion, 2022).
En Indonésie, dans une prison gangrenée par la violence et la corruption, un groupe de prisonniers pieds nickelés va devoir affronter une entité qui assassine sauvagement leurs codétenus sous les yeux passifs des autorités !

WE CAN BE HEROES, JUST FOR ONE DAY
Le prolifique cinéaste indonésien propose, avec son dernier métrage, un mélange de genres parfaitement maîtrisé entre film de prison, film de baston, ou encore film de potes. Et si Joko Anwar sait apparaître à l’aise dans le maniement de ces différents genres passant de l’un à l’autre de manière très fluide, Ghost in the Cell est surtout une comédie horrifique diablement efficace et rythmée dans laquelle s’entremêlent des scènes d’humour absurde digne des Monty Python (voir le traitement de la scène de douche collective ou encore la scène de la balayette de chiotte), des séquences de combats virevoltantes et des scènes d’explosions gores d’une rare intensité !

Si le métrage de Joko Anwar satisfait donc parfaitement le désir de divertissement des spectateur·ice·s, il n’en aborde pas moins des thématiques politiques importantes et sérieuses telles que l’écologie ou la corruption. Cette dernière ayant déjà été traitée dans Red Storm (aka Gundala, 2029) présenté au Festival de Gérardmer 2026. En effet, le groupe de potes taulards guidé par Anggoro (Abimana Aryasatya déjà interprète du personnage de Gundala dans le film éponyme), doit tout à la fois combattre le mal surnaturel qui décime le rang des prisonniers que la violence de leurs geôliers qui n’hésitent pas à les torturer, se montrant au contraire serviles et aimables avec les prisonniers politiques ! Et c’est d’ailleurs un homme politique qui est au centre de cette histoire de vengeance surnaturelle. Engrangeant tous les défauts du politicien corrompu, à savoir la soif du pouvoir, la vénalité, la trahison des idéaux de jeunesse et un désintérêt profond pour la vie d’autrui, le cinéaste indonésien en fait un antagoniste qu’on aime détester ! Certes caricatural dans certains aspects, mais pathétique malgré son pouvoir, ce qui renforce le discours politique du réalisateur en donnant de la profondeur et de l’humanité au personnage.

Car le film de Joko Anwar, malgré son cadre diégétique anxiogène et étouffant, n’en est pas moins traversé par une profonde humanité. Tout d’abord grâce à la sociologie de ses personnages ; dans le film, on y trouve le croyant tolérant, l’intellectuel, le danseur homosexuel et bien d’autres, loin des caricatures de prisonniers badass violents. D’autre part par les liens qui unissent ses personnages de prisonniers. Considérés et traités comme la lie de la société, ils seront capable de faire preuve d’entraide et d’humanisme entre eux afin de se sauver et de sauver leurs camarades. En effet, ce sont les mauvaises actions et l’aura sombre qui en résulte qui nourrissent la rage de l’entité. Pour survivre, ces anti-héros vont devoir faire preuve de solidarité et accomplir de bonnes actions !
LET’S DANCE !
Il aurait été tentant pour un réalisateur d’un film ayant le même cadre carcéral de faire dépendre la survie des protagonistes de leur capacité à user de violence, de tout faire peser sur leurs biceps. C’est en quelque sorte la loi du plus fort qui prédomine. Au contraire, dans Ghost in the Cell, la violence conduit ceux qui en usent à une mort certaine. Aussi, Anggoro et sa bande ne doivent-ils leur salut qu’au fait qu’ils sont capables de mobiliser leur intelligence et de comprendre ainsi ce qui alimente la colère de l’entité ! Six, un des compagnons de la bande, se voit doté de l’habileté de voir l’aura des gens et comprend que la couleur de celle-ci, et donc l’état émotionnel de la personne, détermine qui va mourir ! Plus l’aura d’un individu est sombre et plus l’entité cherchera à le tuer ! Pour échapper donc à la mort, les prisonniers vont se mettre à faire des activités « positives » : lire, pratiquer un art, méditer, mais finalement, ce sera la danse qui sera leur salut !


THE MAN WHO SOLD THE WORLD
Ghost in the Cell avec son humour décalé mais qui ne concède rien sur le plan horrifique, est une vraie réussite ! Joko Anwar fait ainsi de son dernier métrage un divertissement de qualité reposant sur des personnages attachants et des séquences d’action très bien mises en scène tout en développant un discours politique et humaniste.

Images : Shadowz

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