Troisième métrage de Margaux Colarusso, après le drame Focus et le western métaphysique Beyond, le moyen-métrage Tenebrae Salis confirme les capacités de réalisation de la cinéaste belge tout en lui permettant de parcourir, à nouveau, les sentiers de l’horreur.

Après une grave dépression suivie d’une tentative de suicide, Gabriel rentre chez lui. Soucieuse de ramener un peu de paix dans leur maison, Elen, sa femme, installe une lampe en cristal de sel dans la maison. Mais cet objet devient le déclencheur d’événements mystérieux et inquiétants.

Comme pour ses précédentes réalisations, Margaux Colarusso part de l’intime pour aller vers l’universel en proposant au public une réflexion sincère et nécessaire sur le spectre de la dépression et son sombre corollaire le suicide. La première partie du film s’attache à montrer la relation entre Gabriel (interprété par Christophe Jasinski) après son retour à la maison suite à sa tentative de suicide et sa femme Elen, inquiète pour la santé de son compagnon. Interprétée par Natalie Gilbert, habituée aux production Deep Dream Films (jouant le rôle de la commissaire Akerman dans Inferno réalisé par Brandon Gotto), Elen est le véritable personnage principale du métrage de la réalisatrice belge, qui la dépeint dans ses tentatives de soutenir Gabriel tout en essayant de gérer sa boutique de vente d’objets mystérieux, avec l’aide de son employée, interprétée par Margaux Colarusso, elle-même. Pour l’anecdote, une partie du film à été tournée dans la boutique The Dark Eyes Shop de Philippe Soares, scénariste du court-métrage The Dark Eyes, dans lequel l’actrice a d’ailleurs performé.

Sentant Gabriel, encore profondément marqué par sa dépression et son geste désespéré, Elen ramène de sa boutique une lampe en cristal de sel pour l’aider à mieux dormir. Vendu par une étrange dame (Annick Cornette), dont on apprendra plus tard le suicide, l’étrange artefact va se révéler maléfique et prendre possession du pauvre Gabriel sous les yeux impuissants d’Elen. C’est l’occasion pour la réalisatrice de mettre en image l’incarnation des idées sombres et terrifiantes nichées dans l’esprit dépressif de Gabriel ! Le film glisse alors peu à peu du drame intime vers l’horreur. Avec une caméra qui reste toujours intimiste, Margaux Colarusso crée de façon convaincante un mal abyssal, tapi dans l’ombre et les recoins de la maison du couple Gabriel/Elen, de la même façon qu’on le devine caché dans l’esprit de Gabriel, contaminant peu à peu son hôte.

Les sous-textes développés dans vos œuvres partent toujours de l’intime vers l’universel, vous permettant ainsi de créer un discours plus large. Ainsi, les troubles anxieux dans Focus, le génocide amérindien dans Beyond ou encore dans votre dernier métrage Tenebrae Salis la dépression et le suicide. Est-ce pour vous un moyen de mieux toucher le public ?
Au-delà du divertissement, le cinéma est aussi et surtout un moyen d’expression puissant, et je trouve que c’est important de l’utiliser pour faire passer des messages. Surtout sur des sujets et des thématiques qui, d’une part, me parlent et d’autre part, qui ne sont pas suffisamment mis en avant. Donc oui, pour moi, c’est un moyen de sensibiliser les spectateurs et de les porter à la réflexion. D’ailleurs, c’est l’essence même de ma démarche quand j’écris et réalise des films.
L’histoire de Tenebrae Salis aborde des problèmes sociétaux assez importants à avoir la dépression et le suicide. Pourquoi avoir choisi ces thématiques ?
Ce sont des thématiques qui parlent à tous. C’est tout autour de nous, on connaît tous quelqu’un qui en souffre ou on en souffre soi-même. C’est en quelque sorte le mal de notre siècle. Ces thématiques résonnent d’autant plus face à la réalité du monde actuel. Il y a une augmentation des cas de dépression et de suicide pour de nombreuses raisons, et c’est triste. Trop de personnes se taisent encore par peur d’être jugées, moquées, incomprises ou même par égo. Pourtant, libérer la parole est vital. C’est un sujet essentiel, car en parler peut littéralement sauver des vies.
Alors que, dans votre premier film, Focus, vous interprétiez le personnage principal, dans vos deux dernières réalisations, vos rôles sont « secondaires ». Est-ce un choix pour vous permettre de mieux vous concentrer sur la réalisation ?
C’est un choix, oui. Dans mon premier court-métrage (Focus), c’était important pour moi de jouer le rôle, souffrant moi-même d’anxiété, je savais que je pourrais exprimer ce ressenti à l’écran avec justesse, et je dis cela sans le moindre ego. Concernant Beyond, interpréter cette femme amérindienne était un hommage personnel, car je suis admirative et me sens connectée à ces peuples depuis mon plus jeune âge. Enfin, pour Tenebrae Salis, c’est une sorte de caméo, étant une grande fan de films d’horreur. C’est donc par choix et par envie, pour des raisons bien précises. Je réussis à gérer les deux, l’acting et la réalisation en parallèle avec une certaine facilité, parce que je me prépare en amont et que je sais exactement ce que je veux.
Après un drame (Focus) et un western métaphysique (Beyond), vous retournez sur les sentiers de l’horreur avec Tenebrae Salis (beaucoup de vos rôles d’actrice ont pris place dans des métrages d’horreur). Est-ce un genre qui vous intéresse en tant que cinéaste ? Avez-vous envie de réaliser un film d’horreur pure ?
Le cinéma d’horreur m’a toujours intéressé, que ce soit en tant qu’actrice ou en tant que réalisatrice, c’est un genre vers lequel je reviendrai toujours. Avec Tenebrae Salis, je renoue avec ce genre, même si, au-delà de l’horreur, c’est avant tout un film dramatique et psychologique.
Tenebrae Salis a été en partie tourné dans la boutique The Dark Eyes Shop de Philippe Soares, avec qui vous avez déjà collaboré sur le court-métrage The Dark Eyes, scénarisé par lui. Pour une production indépendante, pensez-vous que la solidarité des personnes fans de cinéma de genre est importante pour pouvoir continuer à créer ?
En effet, nous avons eu le plaisir de tourner certaines scènes du film dans la boutique The Dark Eyes Shop de Philippe Soares. Nous cherchions une boutique pour y installer le lieu de travail du personnage d’Elen, interprété par Natalie Gilbert. Philippe a tout de suite proposé son espace. Ayant déjà collaboré avec lui sur son court-métrage (The Dark Eyes), je me suis dit que ce serait vraiment top et qu’il y aurait un clin d’œil sympa à faire. Et puis, sa boutique convenait parfaitement au style que je recherchais !
Les productions de Deep Dream Films, dont les vôtres, rencontrent un succès certain en festival. À quoi l’attribuez-vous ?
Je ne saurais le dire. C’est vrai que cela fait chaud au cœur de voir que les films sont bien reçus en festival et par le public, mais je ne saurais pas à quoi l’attribuer. Si ce n’est à l’importance de mener chaque projet avec le cœur, avec une passion véritable et sincère. Je pense que les gens ressentent l’authenticité.
Quelle est la tâche la plus difficile pour une production indépendante telle que Tenebrae Salis, produire le film ou l’exploiter une fois fini ?
Chaque étape est difficile à sa façon ! Mais on réussit toujours à atteindre nos objectifs et à se débrouiller pour que ce que l’on a en tête soit réalisable avec les moyens que l’on possède. Vouloir voir trop grand sans en avoir les ressources est un piège qui se voit immédiatement à l’écran et peut fragiliser un film. Chez Deep Dreams Films, nous revendiquons cette démarche : l’art de faire bien avec peu.
Quels sont vos prochains projets cinématographiques ?
Plusieurs projets arrivent dans lesquels je joue, fin 2026 et courant 2027. Concernant la réalisation, je ne sais pas encore quelle sera la suite. En toute honnêteté, si je n’ai rien à raconter et si cela ne me parle pas un minimum, je préfère ne rien faire, sinon ce serait forcé.

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