Ces dernières années, il y a eu une hausse des œuvres cinématographiques abordant les injustices au sein de la société, notamment celles touchant les femmes. Comme par exemple, les productions comme The Bride! (2026) et Mārama (2025) mettent en lumière la domination masculine et ses conséquences du point de vue des victimes, les femmes.

Cependant, Obsession  2026) explore cette problématique sous un angle différent : au lieu de suivre une femme, l’histoire est racontée du point de vue du vilain, l’homme à l’origine de tous les problèmes du film, ce qui rend l’approche narratif du récit particulièrement intéressant. Le réalisateur, Curry Barker, parvient à représenter la violence masculine de manière subtile, tout en mettant en évidence la cruauté du personnage principal.

Ce qui rend également cette production spéciale à part son reproche sur les inégalités de genre, est le contexte de sa création. Elle fait partie, avec Iron Lung et Backrooms, des projets d’horreur réalisés par des Youtubeurs, jeunes et sans (beaucoup) expérience professionnelle dans le cinéma. Cette vague de succès indépendant remet en question les standards de l’industrie, qui privilégiait jusqu’ici les figures établies et des histoires répétitives.

Réalisé et écrit par Curry Barker, Obsession (2026) est un film d’horreur psychologique américain qui suit Baron (surnommé Bear), un jeune homme qui souhaite être en couple avec son amie d’enfance Nikki, et les conséquences de son désir.

Bear est amoureux de son amie d’enfance, Nikki Freeman depuis toujours. Un soir, après une réunion entre ami·e·s, il l’accompagne chez elle où elle lui demande s’il a des sentiments envers elle, mais, par peur de ruiner leur amitié, Bear choisit de ne pas avouer ses sentiments. Convaincu d’avoir raté sa chance, il utilise un “One Wish Willow”, un objet capable d’exaucer un seul souhait. Le protagoniste l’utilise alors pour réaliser le vœu que Nikki l’aime “plus que tout au monde”. Ce souhait transforme Nikki en une version altérée d’elle-même, entièrement obsédée par lui (qu’on va nommer La nouvelle Nikki).

Cette nouvelle Nikki devient dangereusement dépendante et obsédée : elle observe Bear pendant son sommeil et va jusqu’à lui préparer un sandwich avec les restes de son chat mort (Sandy). Les ami·e·s du couple, Ian et Sarah, commencent donc à s’inquiéter, car avant son obsession avec Bear, Nikki a voyait ce dernier comme un frère.

Quelques jours plus tard, lors d’une fête, Nikki provoque un scandale en mettant les invités mal à l’aise, en récitant un poème sur l’inceste (ce qui, symbolise ses sensations réelle envers sa situation de couple avec Bear) et en se mutilant avec un tesson de bouteille. 

Plus tard, Sarah contacte Bear pour le voir en privé, il accepte après beaucoup d’hésitation. Ils se voient dans une voiture, où elle lui révèle que Ian et Nikki entretenaient une relation secrète depuis des années. Elle tente ensuite d’avouer ses sentiments à Bear, mais la nouvelle Nikki intervient et la tue violemment. Complètement terrifié, Bear tente de convaincre Ian d’annuler le souhait en lui donnant un autre “One Wish Willow”, mais celui-ci l’utilise pour s’enrichir.

De retour chez lui, Nikki tente de le tuer avant de se suicider. Ian arrive et est abattu. Bear comprend alors que la seule façon de mettre fin au souhait est de mourir lui-même, ce qu’il fait en s’empoisonnant.

Dans ses derniers instants, Nikki utilise un « One Wish Willow » pour que Bear l’aime. Ils partagent un dernier moment romantique avant sa mort, puis elle revient à la réalité, (devenant de nouveau) la vraie Nikki, horrifiée par les cadavres autour d’elle.

Ce qui rend Obsession particulièrement marquant n’est pas uniquement dans ses scènes de gore, de violences ou les scènes dérangeantes, mais dans sa capacité à mettre en scène des problématiques contemporaines, notamment les inégalités de genre et l’évolution de l’usage de l’intelligence artificielle.

Le récit critique la perte d’autonomie et la manipulation émotionnelle. Le souhait de Bear impose à Nikki un amour forcé, ce qui la transforme essentiellement en poupée ou une coquille vide de la personne qu’elle était. Cette perte d’autonomie et de liberté est illustrée par une scène clé (qui, à mon avis, est la plus terrifiante de tout le film) où la vraie Nikki parvient brièvement à communiquer et supplie qu’on mette fin à sa souffrance. Alors, nous pouvons bien voir que Nikki est en train de souffrir, elle est misérable et Bear est conscient de ce fait puisqu’il entend ces supplices de Nikki. Pourtant, non seulement il la garde en vie et ne considère même pas d’annuler ou de changer son vœu, mais il ose demander pourquoi elle est malheureuse.

Le film met également en lumière les dangers de la “manosphère” et de la domination masculine. Bear n’est pas présenté comme un vilain caricatural ou typique : il est solitaire, maladroit et attaché à son chat. Cette humanisation rend son comportement d’autant plus réaliste puisque généralement, ce sont les personnes comme Bear, qui paraissent sympathiques qui réalisent les actes les plus cruels.

De plus, Bear se considère comme une victime tout au long de l’histoire, alors qu’il est à l’origine du chaos. Il a retiré l’autonomie de la personne qu’il prétendait aimer, il refuse de prendre la responsabilité pour cela et il fait en sorte que tout tourne autour de lui alors qu’il peut clairement voir la misère et la désespoir de Nikki. Son incapacité à reconnaître sa responsabilité illustre la manière dont certains discours masculins, particulièrement dans la manosphère, peuvent se construire autour d’un sentiment de victimisation et de contrôle sur les autres, en particulier, les femmes.

Enfin, le récit aborde l’idéalisation des relations, les liens parasociaux et le manque de communication. Bear construit une image idéalisée de Nikki, ce qui l’empêche de voir la réalité. Il y a énormément d’exemples à travers le montage qui nous montrent l’illusion que Bear contient envers Nikki, par exemple, sa fausse confession au début du film à la serveuse du restaurant où il mangeait. Cette illusion est aussi mise en évidence à travers les vêtements que Nikki met au cours de l’histoire : la vraie Nikki porte des habits qui sont généralement accordés aux personnages féminins “cool”, par contre, elle réussit toujours à avoir une personnalité unique à elle, tandis que la nouvelle Nikki s’habille progressivement d’une manière de plus en plus sexualisée et “traditionnelle”. Et nous pouvons pas oublier que Bear, au lieu d’être honnête avec Nikki et ses propres sentiments, choisit à faire un vœu et de forcer son amour sur la personne qu’il chérait.

De son côté, la nouvelle Nikki perd progressivement son identité, adaptant sa personnalité aux désirs de Bear jusqu’à s’effacer complètement. La nouvelle Nikki n’a aucune personnalité, toute sa vie tourne autour l’existence de Bear d’une manière si extrême qu’elle imite les autres pour apparaître plus aimable pour Bear, elle ne s’occupe même pas de son hygiène jusqu’au point qu’elle est essentiellement en état de pourriture. Ce qui est complètement à l’opposé de la manière dont se comportait la vraie Nikki. La vraie Nikki était une personne qui s’occupait d’elle-même, elle était une autrice passionnée qui donnait de l’importance à d’autres personnes de sa vie, non seulement Bear.

La relation entre Bear et Nikki peut également être interprétée comme une métaphore des intelligences artificielles : Nikki observe, apprend et s’adapte en fonction des attentes de Bear, jusqu’à perdre toute son individualité. Elle forme tout son existence autour les besoins de Bear, elle lui suit partout et elle est absolument dédié à lui.

Mais, paradoxalement, plus elle tente de correspondre à son idéal, moins Bear est satisfait. Cela révèle que son désir ne porte pas sur une personne réelle, mais sur une projection mentale, sur une illusion d’une personne réelle. Nous pouvons alors établir un parallèle avec les IA et les chatbots, qui peu importe leur réalisme, leur attitude ou leurs “personnalités”, ne sont pas vrais : ils sont créés à partir des idées et des prompts des personnes, et non de ce qu’elles sont réellement. Les IA sont simplement incapables de capturer la ressemblance d’une personne réelle et ne pourront jamais remplacer la connexion humaine. Donc, cette scène renforce l’idée que la nouvelle Nikki n’est qu’une illusion de la personne que Bear croyait aimer.

Ce qui rend cette interprétation plus évidente, est une scène ironique où, la nouvelle Nikki utilise une plateforme de IA pour générer un portrait d’elle et Bear ensemble, ce qui est complètement antithétique parce que la vraie Nikki est une autrice, une artiste, une personne créative et passionnée qui aime créer, exactement l’inverse d’un plateforme IA qui vole les créations des artistes et ne sont pas capable de réellement créer. 

Mais, mise à part des commentaires sociales, Obsession a un des acteurs incroyablement doués. Le jeu de Michael Johnson dans le rôle de Bear est effrayamment réaliste et Inde Navarrette qui joue le rôle de Nikki, a effectué une performance sincèrement impressionnante, réelle et sanglante.

Au final, Obsession correspond plutôt à une satire sociale, utilisant des éléments psychologiques et horrifiques pour interroger notre société.

D’un côté, le personnage de Bear nous donne un point de vue unique qui encourage de refléter sur nos désirs et la manière dont on traite et aperçoit les autres. D’un autre côté, le personnage de Nikki est une avertissement sur les horreurs subis par les femmes même aujourd’hui mais également une annonce sur les inconvenances et les dangers de l’IA.

Enfin, l’œuvre en elle-même critique l’idéalisation des personnes et l’état des relations contemporaines. Le récit nous prouve également l’importance de l’individualité et l’autonomie.

Je recommande vivement de découvrir cette œuvre tant qu’elle est encore en salle, elle est incroyable et terrifiante. En plus, elle témoigne le développement des productions indépendantes et à travers le soutien de ces projets, nous pourrons assister à une diversification des récits et les figures importants au cinéma.

Images : Le Pacte


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